Un auteur : Nan Goldin (1953)
Née à Washington en 1953, Nan Goldin n'a que dix ans lorsque sa sœur aînée se suicide. Un drame familial qui la marquera profondément, jusqu'à orienter sa carrière à venir :
J’ai commencé à prendre des photos à cause du
suicide de ma soeur. Je l’ai perdue et je suis devenue obsédée par l’idée de ne
plus jamais perdre le souvenir de personne.
A quinze ans, elle quitte le domicile familial, s'initie à la photographie, puis intègre la School of the Museum of Fine Arts de Boston où elle rencontre David Armstrong, peintre, photographe, drag queen, qui l'introduit dans les milieux marginaux de la contre-culture queer. Avec Mark Morrisroe, Jack Pierson et Phillip-Lorca diCorcia, ils forment un petit groupe de photographes étroitement liés, les Cinq de Boston.
Cet univers à part, elle n'aura de cesse de le photographier, même après son installation à New York en 1978, élaborant peu à peu l'œuvre maîtresse qui la fera connaître : The Ballad of Sexual Dependency.
Il y est question de sexe, de drogue, de fêtes, mais aussi et surtout de la condition humaine, la douleur et la difficulté de survivre, selon ses propres termes. Avec des figures récurrentes, comme Cookie Mueller, diva underground aux multiples facettes qui inspirera Madonna à ses débuts, des thèmes obsessionnels, comme la relation toxique et violente qui la lie à son compagnon de l'époque, Brian.
The Ballad of Sexual Dependency - Cookie, Tin Pan Alley, 1983.
Cookie and Vittorio's Wedding, 1986
Nan and Brian in bed, 1983
Nan, one month after being battered, 1984.
Jimmy Paulette & Misty in the taxi, 1991
Il y est question, aussi, de la maladie et de la mort, particulièrement dans les débuts de l'épidémie de Sida qui décime ses amis, Cookie en tête.
Cookie in her casket, 1989
Série Gilles and Gotscho - Gille's arm, Paris, 1993
Par la suite, son œuvre évolue vers des thématiques moins sombres, plus apaisées, quoique toujours empreintes d'une belle poésie de l'étrange.
Ironie du sort : après avoir tant côtoyé la drogue dans sa jeunesse, c'est une bête opération du poignet qui la fait plonger dans l'addiction lorsqu'un médecin berlinois lui prescrit de l'OxyContin pour calmer ses douleurs. Il lui faudra deux cures de désintoxication pour s'en tirer, en 2017, après quoi elle s'engage dans une lutte active contre la famille Sackler, propriétaire de l'entreprise pharmaceutique la plus impliquée dans la crise des opioïdes qui fait tant de ravages aux Etats-Unis.
Son influence sur la scène artistique est assez forte pour que peu à peu, les grands musées internationaux retirent de leurs salles le nom de Sackler, également grand mécènes.
En 2022, un très beau film de Laura Poitras, Toute la beauté et le sang versé, documente sa carrière et ses engagements.












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